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ANAMA : Portail poétique
Chapitre 19 - Le purgatoire de Sam
L'effondrement de tous mes espoirs, le purgatoire se trouve aussi en dehors des murs de ma prison. Les autres sont tous aussi pourris que ma propre "mère...Dur constat pour un enfant....

 







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Chapitre 15 - Le purgatoire de Sam
Le purgatoire de Sam
Dimanche, 10 Mai 2009 12:39
   Chap.  XV : il est temps de réapparaître....que va-t-il se passer ?!

 

 

 Je dois ressortir tôt ou tard de ma chambre, j'en suis consciente. Il faut forcément ré-affronter ce monde extérieur et ma "mère" que je dégobille.
Que va-t-elle faire de moi après ça ? Je l'imagine bien ! Non, plus vraiment, en fait, vu les dernières tortures infligées. Mais l'urgence est de guérir. De laisser à mon corps le temps de refermer ses blessures. Mes plaies battent comme des petits cœurs à la surface de ma peau. On pourrait presque jouer l'air d'un requiem pour meurtrissures mélancoliques. Mais là n'est pas le pire. Un corps, même couvert d'ecchymoses supporte beaucoup de choses ! Ma carcasse est solide, elle se remettra.

Dans ma tête. pas de prolongation dans l'impotence. Je n'ai pas le choix si je veux supporter le rythme des agressions successives et répétées. Mon corps le sait depuis longtemps. Je dois me préparer à faire en sorte que ça s'arrête. Il me reste à savoir comment.

Un rai de lumière fend tout à coup la pénombre, m'aveuglant. La lumière du jour me brûle les yeux. La surprise me fait sursauter. Elle est là cette sale vipère, essayant de faufiler son regard dans la pièce. Elle écartèle les lattes du volet pour essayer de voir à l'intérieur. Son regard lagon balaie la chambre, me cherchant des yeux. Je cogne la fenêtre du poing. Elle lâche prise. Aussitôt j'installe une nouvelle barricade, anti-visuelle celle fois, à l'aide d'un matelas que je colle contre la porte fenêtre. " Tiens prends ça saloperie !..."

Cela doit sérieusement l'agacer de me savoir hors de portée. Elle fulmine. J'entends ses menaces et me maudire à travers la porte. Moi pour l'heure je jubile, je jouis du moment avec délectation. La marâtre est privée de sa poupée de chiffon, comme un enfant privé de dessert. A travers la latte cassée du store, je sais qu'il fait jour dehors ! J'entame mon troisième jour d'isolement. J'ai encore assez de vivres et suffisamment d'eau pour boire et me laver. Une odeur de phoque plane, entre la pisse, la transpiration et l'odeur du sang séché, de quoi s'évanouir. Il est hors de question de déféquer pour m'éviter d'en supporter davantage les effluves. Mon ventre retient tout : tant pis, à la guerre comme à la guerre !!!!

Mes courtes victoires rallument mon âme. Je la sens à nouveau m'animer le cœur, soufflant, infatigable, sur ma petite flamme intérieure. Je n'irais pas jusqu'à crier que la vie est belle, elle ne l'est pas. Je me prête parcimonieusement quelques moments de plaisir malgré tout.Ce retranchement est nécessaire, vraiment nécessaire. C’est un moment d'arrêt sur le temps pour m'interroger sérieusement sur des questions que ne devrait même pas se poser un enfant.

Par exemple, pourquoi n'ai-je jamais chercher à me défendre ?.
Pourquoi subir et me taire ?.
Pourquoi tout garder pour soi et cacher aux autres ce que j'endure ici ? 
Pourquoi attendre d'en arriver à se terrer comme un animal pour échapper aux griffes d'un prédateur, en l'occurrence :  ma propre "mère" ? 
Pourquoi tant d'acharnement, alors qu'elle est si maternelle avec le reste de sa progéniture ? 
Pourquoi m'avoir sortie du "Bercail" ? 
Qu'ai-je fait pour mériter autant de haine et de mépris ?

... EDUCATION... FORMATAGE... RESPECT...

Tu respecteras ton père et ta mère, me revient en écho du fond de ma mémoire !  A six mois, la DDASS me sort déjà des griffes de mon bourreau !!!  Nous étions 5, mes sœurs, mon frère et moi, quand un soir d'hiver, la police et les services sociaux sont venus nous chercher en défonçant la porte de l'appartement ! Seuls depuis des jours, rien à manger, sales, apeurés, sous le responsabilité d'un frère âgé de neuf ans complètement dépassé par nos pleurs et nos cris ! Des voisins inquiets d'entendre un bébé pleurer jour et nuit ont fini par alerter les autorités.

Tante Emma me l'a raconté, quand vers 8 ans je commençais à poser des questions sur ma famille (j'ai d'ailleurs réclamé beaucoup plus tard mon dossier de la DDASS et des conclusions des assistantes sociales, qui en témoignaient !). Notre arrivée dans un panier à salade au beau milieu de la nuit !  Des bleus qui me couvraient déjà le corps tout bébé, le cul brûlé à vif, baignant dans mes excréments et ma pisse où grouillaient des asticots... oui... vous ne rêvez pas... des asticots !!!! 

Mon berceau ???. Le tiroir d'un poêle à charbon. Pas de petites fées pour marraines... non... rien de tout ça ! Je ne suis pas là pour m'apitoyer, non, mais juste pour réaliser, que le commencement de ma vie, n'avait déjà pas pris d'entrée de jeu, un bon départ. Mais...
....là n'est pas le problème. A six mois, pas de mémoire réelle de souffrance endurée, ou de constat par rapport à ce qui passait autour de moi...(et encore pas sûr !).

Mais la question qui me tarabuste le plus : pourquoi m'avoir rendue à mon tortionnaire ? Jamais de visites au Bercail, jamais de nouvelles... rien de rien... une absence maternelle totale pendant 13 ans et demi !!!  Comment permettre un retour dans une famille dont on ne connaît rien et pour laquelle je n'étais qu'une étrangère !!!!  C'était elle qui l'avait demandé, ce retour. Pourquoi reste donc en suspens. Pas de réelle réponse, si ce n'est : la vengeance.

Dans ma prison provisoire, j'ai eu le temps de faire une rétrospective totale de ma courte vie. Un temps mort que je m'accorde pour réfléchir à l'écart des coups et des sévices de ma "mère". Le reste du temps mon esprit prévoit les offensives, l'attaque suivante, épiant du coin de l'oeil les moindres mouvements de ma "mère"  déclencheurs de ras de marée fulgurants. Pas de place dans mes pensées pour réfléchir à autre chose...Anticiper... Accuser... Se protéger...

Et bien sûr revient à la surface, d'ignobles actes perpétrer que je dois regarder en face. La poitrine mutilée, est ce une indication ? Oui. Le sein maternel, la bouche de l'enfant qui tète sa mère. Elle a dû me subir par la force des choses, obligée d'allaiter le suppôt de satan que je représente à ses yeux et qu'elle n'a pas voulu. En me mutilant la poitrine c'est comme me dire, je te fais mal où tu m'as fait mal. Par là je t'humilie, je te salis comme tu m'as salie !

C'est comme le jour où elle me coinça dans la salle de bains ! J'étais nue, prête à faire ma toilette quand elle entra !  J'avais déjà une poitrine bien développée... de jolis seins fermes et agréables à l'oeil, mais sur un corps trop maigre en proportion. Son malin plaisir est de me pincer les mamelons avec une force et une méchanceté stupéfiantes. La première fois ce fut une surprise totale. Comme je ne m'y attendais pas, je n'avais pas eu le temps de l'esquiver. Je la repoussais, me débattant dans l'espace confiné de la salle de bains, jusqu'à ce qu'elle finisse par lâcher prise. Elle m'avait giflée et poussée à m'en faire tomber dans la baignoire. Quand elle voulut m'en faire sortir, je dû la repousser à coups de pieds. Mais il y a eu pire ! J'en livrerais les monstruosités plus tard. Pour le moment l'appel du ventre se fait sentir. Bonne nouvelle, j'ai faim...

Je mange de bon coeur, mais mon estomac sature très vite. Je range un peu, nettoie mes plaies, change mes gazes, fais ma toilette, puis aère la pièce sans ouvrir les volets. Enfin propre et repue, je m'allonge confortablement sous ma couverture. Je me sens plus légère et déjà beaucoup mieux. La douleur s'estompe, même si ma poitrine ressemble à un énorme placard noir...
Je me retrouve. je récupère, reprends petit à petit formes humaine et mentale. Le silence et la paix règnent dehors comme dedans. Je ferme les yeux, sans m'endormir, visualisant chaque parcelle de mon corps pour les éteindre une à une, jusqu'à me détacher complètement de mon écorce terrestre. J'adore faire ça. J'aimerai ne jamais revenir de ces voyages particuliers et magiques. Ma petite voix est là. Elle fredonne sur les accords du vent. Je franchis la porte d'un autre monde, laissant les sacrements du mal sur le pallier du monde des "grands". Un vide démentiel me porte. Le moche n'est plus que fumée lointaine. Et puis ce silence si profond où seul le gouvernail de mes sens dirige ma barque immatérielle. Comment expliquer ce "chut" qui me rappelle un souvenir oublié depuis ma naissance, confondue chaque jour aux dures réalités de la vie. Il plisse la lisse étendue de mon être intérieur, glissant sur le lac de mon âme avec une nonchalance exceptionnelle, indescriptiblement douce. Dignité de l'intemporel, sans espace temps et pas de mots assez forts pour décrire ce "rien" substantiel fluide et diamantaire qui m"enveloppe, ni la somptuosité de ses ailes déployées battant l'espace avec majesté et qui m'emporte au-delà des limites de l'entendement. Une alcôve, fée mère, allaitante et protectrice, gardienne de mon âme vagabonde et perdue. Réceptacle et sas de mes blessures enfantines, franchissant les encablures de l'invisible pour en gommer toutes les traces. Le poids de ma conscience suspendue au fil du temps, le temps d'un rêve. Juste le temps de l'apaisement pour retrouver des forces.

Au cinquième jour je décide de sortir de ma tanière, mais l'angoisse me tord le ventre. Je vois le jour filtrer par le bout de latte cassé. J'entends s'entrechoquer des casseroles dans la cuisine. Il y a de l'animation dans l'appartement. Il doit être prés de midi et mon estomac réclame quelque chose de consistant. Je me sens « faiblouillarde » physiquement. L'enfermement, sans voir la lumière du jour, ni respirer l'air frais n'arrange rien. Il est temps pour moi de faire une tentative de sortie pour voir comment tournera le vent, dès mon apparition !

Je remonte le volet, ouvre la porte fenêtre en grand. Je me remplis les poumons d'air, offrant mon visage à la tiédeur du soleil. Sa jeune et pâle lumière caresse agréablement ma peau. La fin de l'hiver se dessine tout doucement , les gelées matinales se raréfient. Comme je me lève souvent très tôt, combien de fois suis-je restée bouche bée devant une Dame Nature royale et majestueuse. Le givre brodait les arbres de guirlandes de perles de verres tintant dans le petit matin. Sur la barbe blanche de ce corpus grandiose immaculé, un soleil à peine tiré de l'ombre posait son manteau de lumière donnant à l'ensemble une féerie sans nom. J'en frissonne encore de plaisir.

Je déplace l'armoire pour la remettre à sa place. Elle semble peser des tonnes. Puis je range la chambre, refais mon lit, prête à franchir la porte. J'emporte des vêtements propres et me glisse sans bruit jusqu'à la salle de bains. Je m'y enferme à double tours. Mon reflet dans le miroir me fait presque peur. Je suis blanche, pas coiffée depuis des jours, puant la sueur. Je me sens sale et inhumaine. Je me déshabille, regardant dans le miroir, ma poitrine. L'horreur... Un violet presque noir me couvre le torse. Je prends une douche bien chaude. Quel bonheur de ressentir l'eau bouillante dégouliner sur mon corps. Mes chairs se réaniment sous la mousse toute douce et la bonne odeur du savon parfumé, réveille mes sens. Je m'enroule dans une serviette, la buée remplit la pièce. De tous petits instants savoureux que je délecte encore calmement. Je désinfecte mes blessures recouvertes de croûtes, les laissant à l'air libre. J'enfile mes habits, me brosse les dents. Le moment est venu de réapparaître...

Le contraste entre la chaleur de la salle de bains et la fraîcheur du couloir me donne la chair de poule, ou est-ce juste la peur qui me fait frissonner, appréhendant mon retour dans la jungle familiale ?.

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